Faux-Débats selon MAGNAN
Christian MAGNAN, astrophysicien chercheur au CNRS de Montpellier.
Texte publié dans le site en référence, à la moitié de la page.
À ce propos nous connaissons les limites de notre physique. Il est donc vain de vouloir l'appliquer à des problèmes qui la dépassent. Lorsqu'on remonte le temps jusqu'au big bang on atteint une limite appelée limite de Planck (vers 10-43 seconde) à partir de laquelle notre physique s'écroule complètement (à supposer qu'elle ait supporté jusque-là les changements d'échelle phénoménaux !). Les notions classiques auxquelles nous sommes habitués, telles que temps, espace, matière, énergie, perdent à ce stade leur signification. Cela revient à dire que notre physique actuelle ne peut en aucun cas comprendre quelque chose à la création du monde. Je dirai même plus : la seule chose que nous savons, avec certitude, c'est qu'elle en est incapable. Et puisque nous ne possédons aucune théorie de fabrication des univers nous ne pouvons rien dire de pertinent à ce sujet. De ce fait tout débat scientifique sur l'origine du monde n'est que contrefaçon ou parodie de science et ne peut que s'avérer stérile.
La nouvelle physique dont nous avons besoin est encore inconnue. Il ne faudrait pas croire qu'elle pourrait se fonder sur la théorie de la gravitation et sur celle de la mécanique quantique, comme il est souvent dit. Ces deux théories se marient mal puisque c'est précisément leur conjonction qui conduit à l'avènement d'une singularité originelle, c'est-à-dire à des quantités nulles ou infinies, une situation que la physique ne sait pas gérer.
On peut rappeler à ce sujet la grave contradiction apparaissant dans les modèles d'univers homogènes, connue sous le nom de problème de l'horizon. Il est avéré que de nouvelles portions d'Univers se découvrent continuellement à nos yeux, la lumière issue de galaxies toujours plus lointaines poursuivant sa course depuis l'origine des temps et finissant par atteindre nos intruments. Ainsi l'horizon, au cours du temps, n'a pas cessé de reculer en augmentant le pourcentage de la portion visible de notre Univers (par rapport à la totalité de cet Univers). Le problème est qu'à l'origine, au big bang, le pourcentage d'Univers visible (pour chaque observateur potentiel) était mathématiquement infiniment petit. Autrement dit, dans ce type d'univers homogènes construits selon la théorie einsteinienne de la gravitation, les différents points sont causalement déconnectés à l'origine. Comment des points déconnectés peuvent-ils former un univers homogène, ce qui nécessite dans notre logique qu'ils aient uniformisé leurs propriétés physiques ? C'est un mystère absolument incompréhensible dans le cadre actuel de la physique. C'est dire que la cause de l'homogénéité est antérieure à l'instant où notre physique peut décrire l'univers. Elle fait donc appel à une physique inconnue.
Avec cette déconnexion originelle totale de tous les points de l'Univers - qui revient à dire que tout point ignore les autres - nous retrouvons (de façon encore plus marquée) le fait qu'au big bang l'univers local de chaque point est trop restreint pour qu'une quelconque courbure universelle soit détectée. Par conséquent Oméga (qui varie d'ailleurs, il faut le savoir, au fur et à mesure que l'Univers évolue) part de la valeur 1 au big bang.
Un dernier fait aggrave la situation. Souvent les théoriciens semblent penser que l'une des bases solides sur lesquelles ils peuvent s'appuyer avec confiance est la mécanique quantique. Or on en peut douter, pour la raison que l'équation de Schrödinger qui régit cette théorie n'est pas compatible a priori avec le cadre relativiste dans la mesure où l'espace dans lequel elle s'écrit est purement classique. C'est un espace abolu existant indépendamment de toute matière, ce qui est aberrant en relativité générale où espace, temps, matière et énergie sont une seule et même réalité impossible à scinder en éléments disjoints. Par conséquent toute tentative de théorisation du big bang sur la seule base des théories dont nous disposons est vouée à l'échec. Ici encore, les débats relatifs au choix des paramètres initiaux, comme l'idée même de l'inflation, ne peuvent que tourner en rond sans déboucher sur un résultat valable.
